la Beauce cette terre incomprise

Premier sujet géographique, la Beauce donc. 

Cette très vaste plaine est totalement plate et pour cause c'est le fond du dernier lac de l'ère tertiaire du bassin parisien. Platitude très largement accentuée par le manque d'arbres et de biodiversité, car elle est défrichée très largement depuis le néolithique par les hommes, étant la terre la plus fertile de France. 

Je trouve qu'on touche déjà un premier paradoxe de cette terre : on a l'impression qu'il n'y a rien, sa description étant faite d'absences : d'arbres, de topographie, de zones humides, de surprises, etc, et pourtant elle est d'une richesse incroyable.  Depuis des siècles chaque année elle donne des rendements inégalés de blé et de colza aux hommes qui lui ont pourtant tout pris. 

Vous allez me dire : comment peut on être attaché à ce manque ? A cette absence de tout élément remarquable ? A ces champs et ces routes droites sans fin ? 
Effectivement il n'y a pas d'éléments remarquables ici dans le paysage qui m'estomaque à chaque vision, telle une montagne sacrée imposante. Enfin il y en a bien un élément, qui fait aussi bien son job qu'une montagne sacrée mais qui est loin d'être naturelle : c'est la cathédrale. D'ailleurs je suis sûre qu'elle a était construite dans ce but à cet emplacement. 

Mais plus profondement c'est précisément l'absence qui fait mon attachement à ce pays. C'est quand j'en suis partie que je me suis instantanément rendu compte qu'il m'était vital. Partout ailleurs j'étouffe. J'ai un besoin viseral de voir l'horizon. 
Dès mon déménagement dans une grande ville, j'ai étouffé. Il fallait que je marche jusqu'au fleuve, à toute vitesse, pour que je puisse appercevoir entre deux lignes d'immeubles un petit bout de cette ligne horizontale qui me manquait tant. Un déménagement près d'un parc n'y a rien changé, ce ne sont pas tant les végétaux et les animaux qui me manquent que cette ouverture sur le lointain. 
Une année en montagne n'a fait qu'amplifier mon oppression et ma prise de conscience, seul le retour en TGV et la traversée des plaines de l'est arrivaient à me soulager de mon sentiment d'encastrement. 

Effectivement des grandes plaines vides, on en trouve un peu partout en France. Alors pourquoi vivre en Beauce plutôt qu'ailleurs ? 
Déjà c'est vrai qu'ici c'est plus grand qu'ailleurs, on a vraiment des champs a perte de vue. Plus grand, il y a la mer évidement vous me direz ! Sauf que la mer et moi ça fait vraiment deux. Jai littéralement le mal de mer et une peur insondable dès que je suis en mer de ne plus être sur terre justement. 

Vraiment je n'ai pas retrouvé ailleurs de tels espaces et de tels ciels. Parce que la où vous voyez des champs plats, je vois un ciel immense, chez nous il occupe toute la place ! 
Et le ciel chez nous est vraiment particulier, en plus d'être immense, il est extrêmement changeant. Car comme il n'y a aucun obstacle et beaucoup de vent, les nuages filent toujours a toute vitesse. Il ne pleut d'ailleurs jamais longtemps, même s'il ne fait pas spécialement plus beau. On a beaucoup de ciels bleu et gris mais aussi rose et jaune et rouge. 

Il y a tout de même des éléments géographiques qui me sont chers comme notre rivière. Elle rythme littéralement ma vie et celle de ma jument. On boit son eau et on vit le long de ses rives. J'ai toujours vécu à moins de 20m d'elle. 
Elle n'est pas grande, pas vive, souvent pas belle, ni propre et pourtant c'est une oasis de vie. Lui rendre sa faune et sa flore ainsi que sa qualité originelle serait d'ailleurs un combat que j'adorerais mener. 



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